Limmaraíeries

Samedi 2 décembre 2006 6 02 /12 /2006 20:42
A la recherche désespérée de quelque chose à poster sur ce blog pour l'empêcher de dépérir, je retombe sur une Histoire de Carami que j'avais commencé à rédiger il y a quelques années. Histoire est un bien grand mot ; il devait s'agir essentiellement de biographies des différents souverains, et il se trouve que la seule du lot à avoir jamais été terminée fut celle de Flama, Deuxième Reine de Mazya-Caramina.
Comme il se trouve que Flama, bien que morte depuis longtemps quand s'ouvre mon roman Carami, y joue cependant un rôle assez important par les traces qu'elle a laissées dans la mémoire de tous, et notamment de son fils, Carlino, qui est Roi au moment de l'histoire ; que les événements terribles qui se déroulèrent sous son règne ont dans une large mesure façonné toute la société de l'époque ; et enfin que j'ai toujours eu beaucoup de sympathie pour ce personnage, je vous offre donc en exclusivité son Histoire.

Comme elle embrayait directement sur la biographie précédente, celle de Mazya, un petit "résumé des épisodes précédents" s'impose. En 95.IV (quatre-vingt-quinzième année de la quatrième décistia depuis l'établissement de l'homme en Carami), Mazya unifie la péninsule et devient première reine de Mazya-Caramina au cours d'une série d'événements que je ne vais pas me fatiguer à répéter vu que tout est déjà dans un article de l'Encyclopédie que personne, à ma connaissance, n'a lu mais qui explique bien les choses. C'est le début d'un règne long, bien occupé et épuisant, qui la laisse, trente-cinq ans plus tard (soit en 10.V), épuisée, malade et incapable de régner davantage. Comme elle n'a jamais trouvé le temps de se marier ni de procréer, le problème de la succession se pose. Alors que Mazya se gratte la tête, sa principale conseillère Allaíma Alliya (représentante de la Lignée Allimara ; les lecteurs du blog de Chloé Zinalla connaissent peut-être encore sa dernière descendante en date, une dénommée Allimano) vient la trouver et lui apprend que sa soeur cadette Lumisi, présumée morte depuis plus de quarante ans après avoir été enlevée par des pirates, est en fait bien vivante, et a eu une fille...
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Histoire de Flama (donc), premier épisode

Lumisi n’était effectivement pas morte. Le chef des nomades qui l’avaient enlevée était un homme pratique qui avait vite réalisé que cela ne l’avancerait guère de tuer cette fillette quand il pouvait la revendre comme esclave à quelque riche marchand oriental. Il la jeta donc sans ménagement au fond d’un chariot, et la caravane repartit pour les vastes étendues inexplorées de l’est.

            « Vastes étendues inexplorées » était un moyen commode utilisé par les Caramènes pour désigner tout ce qui se trouvait à l’extérieur de leurs frontières, et dont ils n’avaient pas la moindre idée du nom. De fait, la caravane, une fois qu’elle eut franchi la Lími et la Chaîne Orientale, traversa d’ouest en est les vastes territoires de Décimazya, qui n’étaient guère peuplés à l’époque. Les premiers humains qui y avaient mis les pieds l’avaient fait à peine un siècle auparavant, chassés de l’est par des guerres internes ; ils n’avaient pas encore de royaumes constitués, seulement des villages et quelques chefs d’importance mineure, même si la cité qui serait plus tard Ondomo existait déjà au fin fond de sa vallée. Mais les gens de ces territoires n’avaient rien à voir avec les Caramènes ; ils venaient de peuples entièrement différents, parlaient des dialectes totalement étrangers, et n’avaient jamais eu le moindre contact avec leurs voisins de l’ouest.

            Lumisi traversa entièrement ces terres, terrorisée par l’aventure, les yeux écarquillés à l’arrière de son chariot. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, elle était incapable d’y réfléchir ; elle se contentait d’observer avec effroi les hommes étranges qui l’entouraient, leurs armes étincelantes, les paysages nouveaux que la caravane traversait dans un tonnerre de sabots et un nuage de poussière.

            Puis les nomades parvinrent en Diversa, en franchissant les hautes montagnes désertes qui séparent les deux continents ; Lumisi vit des sommets couverts de neige, des à-pics effrayants, des cols brumeux. Elle comprenait de moins en moins, avait l’impression que la terre s’affolait autour d’elle - était-ce seulement possible, un paysage pareil ? Enfin, quand les chariots redescendirent dans la direction des immenses plaines vertes de Wardii, elle eut l’impression de retrouver une vision plus familière ; ce n’étaient pas les prés qui manquaient en Carami. Mais des prés de cette immensité, et sans personne pour les habiter ? La fillette avait de plus en plus peur, et l’impression que ce voyage n’en finirait jamais.

 

            Cela faisait longtemps, alors, que l’Empire de Nil-Armon, autrefois si puissant, avait perdu à peu près tout pouvoir sur ces régions sauvages. La grandiose cité d’Armon contrôlait encore un territoire d’une certaine importance le long de la mer du Midi, mais cela n’avait plus rien à voir avec la puissance armonite du temps des guerres de l’Astramène. A présent, cette partie de Diversa n’était plus qu’une zone peu peuplée aux frontières incertaines ; un royaume apparaissait un jour, disparaissait le lendemain, et de toute façon, comme la plupart des habitants étaient nomades, n’avait jamais un pouvoir phénoménal. Cependant, la cité de Daber commençait à tirer son épingle du jeu. Vivant du commerce avec les caravanes qui traversaient le Continent dans tous les sens possibles, elle s’enrichissait petit à petit sous la houlette de ses princes marchands millionnaires ; on pouvait y vendre et y acheter toutes les marchandises disponibles sur le continent. Très logiquement, c’est vers Daber que la caravane qui emmenait Lumisi se dirigea.

 

            Le Grand Marché de Daber se dressait juste au pied des murailles de la ville, qui parurent à Lumisi aussi immenses, inhumaines et effrayantes que des montagnes. Le Marché était une forêt de tentes multicolores à perte de vue, sillonnée par des hommes de toutes les couleurs, parlant toutes les langues et portant toutes les sortes de vêtements ; le brouhaha continu était insupportable, le chaos inimaginable. On y vendait du bétail, des bijoux, des épices, des tissus, du papyrus, des casseroles, des légumes, des livres, des médailles et des lampes magiques avec leurs génies dedans, et bien plus de choses que la petite Lumisi en avait jamais vu dans toute sa courte vie. Mais en ce qui la concernait, c’est vers la zone des marchands d’esclaves que l’on l’emmena, avec tous les autre prisonniers que les nomades avaient capturés tout au long de leur expédition.

            C’était l’endroit le plus effrayant de tout le marché. Des êtres en haillons et couverts de chaînes s’y traînaient misérablement sous l’œil intrigué de personnages en riches manteaux, venus négocier le prix de leurs futurs serviteurs. Le bruit, un mélange de criailleries et de gémissements, était pire que partout ailleurs. Entièrement absorbée dans le spectacle, Lumisi remarqua à peine qu’on lui attachait la même chaîne aux poignets pour la traîner en haut d’une estrade avec tout un groupe d’autres futurs esclaves.

Il lui sembla rester là des éternités, debout dans le froid et dans ses haillons, à regarder en retour tous ces gens qui venaient la regarder fixement. Enfin, au début de la soirée et alors qu’elle était une des seules à rester sur l’estrade, épuisée et gelée, un de ses nomades vint soudain la détacher de sa chaîne, la saisit sans ménagement par le bras et vint la jeter aux pieds d’un quidam au manteau brodé d’or, qui la considérait d’un air intrigué mais - semblait-il - pas malveillant.

Il lui parla dans une langue incompréhensible, et elle lui répondit par un regard noir. Lumisi n’avait que six ans et demi, mais elle avait déjà son caractère. Cela ne sembla pas démonter l’homme étincelant, qui échangea encore quelques mots avec le nomade, lui jeta une bourse tintinnabulante, et prit sa petite esclave par la main pour l’emmener hors du marché.

            En passant devant l’étal d’un marchand de tissus, il acheta à Lumisi un chaud manteau de laine, ce qui intrigua fort la fillette, mais fut loin de lui déplaire. Puis ils franchirent l’immense porte creusée dans les imposantes murailles, et pénétrèrent dans Daber. C’était la première ville que Lumisi voyait, et elle ouvrit des yeux immenses, le souffle coupé par tout ce qu’elle voyait autour d’elle, les maisons avec tous leurs étages, les fontaines, les statues. Mais comme le marchand la tenait toujours par la main, elle n’eut pas le choix de s’attarder pour admirer le paysage, et elle suivit son nouveau maître jusque devant une grande maison aux sculptures de marbre, et dont les fenêtres brillaient d’une chaude lumière dorée dans le violet du soir. L’endroit n’avait pas l’air si désagréable que ça, finalement.


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Publié dans : Limmaraíeries
Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /2006 14:31
Maisons typiques à part, une des principales curiosités touristiques de Mazya-Caramina est sans aucun doute sa jeune reine, Laurina II ; même si "curiosité touristique" n'est pas le terme le plus approprié étant donné qu'on ne peut pas plus la visiter qu'on ne peut visiter la reine d'Angleterre, et même encore moins vu qu'à ma connaissance, la reine d'Angleterre, elle, n'a pas l'habitude de se disparaître sans prévenir et de se faufiler hors de son palais incognito à tout bout de champ.

Mais, encore plus que la reine d'Angleterre, Laurina II est adorée par les uns, détestée par les autres avec un enthousiasme étonnant si l'on considère qu'elle ne règne que depuis deux ans. Agée à l'époque de quatorze ans seulement, elle a dû monter sur le trône de son père à la suite d'un raté institutionnalo-magique qui l'a forcé à abdiquer beaucoup plus tôt que prévu ; et depuis, elle règne tant bien que mal et, selon certains, plutôt mal que bien tandis que les crises et les enchaînements d'événements douteux s'accumulent autour d'elle comme des guêpes autour d'un pot de confiture.

Laurina II Minalina i Argantaía Laurénaí-Déolyana ma Selmina Alcaramiya, que sa famille et ses amis n'appellent jamais autrement que Lauri, est l'unique enfant d'Arganti II le Bon, roi de Mazya-Caramina de 110 à 116.XIII, et de son épouse la reine Minalina. Elle et son père sont les deux derniers représentants vivants de la dynastie royale, la Lignée Laurénaí-Déolyana, issue de la fusion des descendants de Laurina Ière et de la Lignée Déolyana, famille surveillée de très près par les Grands Magiciens qui pensent qu'un grand pouvoir magique pourrait s'y cacher. Auquel cas, il serait vraiment très bien caché...
Cependant, il faut noter que la reine Laurina est possède une particularité unique, semle-t-il, dans l'histoire, puisqu'elle a les cheveux dits "blond d'étoile", couleur qui est normalement la marque exclusive des Grands Magiciens. Or la reine n'a jamais montré la moindre trace de quelque faculté magique que ce soit. Les spécialistes planchent sur la question.

Quoi qu'il en soit, pour des raisons mal élucidées, la reine semble avoir été mêlée à toutes les crises politiques et magiques d'importance qui aient eu lieu depuis sa naissance. Alors qu'elle était âgée de quelques mois seulement quand elle a été enlevée par la célèbre sorcière Liano Zuliya qui (semble-t-il) cherchait à récupérer ce fameux pouvoir caché dans sa famille, et a abouti par hasard sur la Stéralèna. Quand Armo Ellaío l’a retrouvée, cela faisait douze ans qu’elle grandissait tranquillement dans un orphelinat de province qui a eu le temps de marquer durablement son caractère. Les Caramènes ont ainsi vu débarquer chez eux une princesse héritière préadolescente portée sur la rébellion, la bagarre et les bordées d’injures, et se fixant comme règle de conduite de ne jamais obéir à un ordre quel qu’il soit. Flanquée d’une poignée d’Intermédiaires et d’un Guide aussi caractériel qu’elle, elle s’est immédiatement liée d’amitié avec Allimano Alliya, au grand désespoir d’une partie de son entourage, et a aussitôt manifesté une volonté très nette de « prendre le pouvoir » et de faire très exactement ce qu’elle veut. Les choses semblent cependant s’être calmées quelque peu depuis qu’elle est sur le trône ; sans doute tout le monde finit-il par grandir tôt ou tard.

Cependant, les inquiétudes demeurent et tous les responsables magiques de la planète la surveillent tout de même plus ou moins en permanence du coin de l'oeil. Un génie appartenant à l'Enchanteur Armo aurait vu dans l'avenir (le pouvoir des génies de se transporter à tous les points du temps aussi bien que de l'espace n'a jamais été confirmé officiellement, mais c'est un secret de Polichinelle) que Laurina II serait destinée à être au coeur d'une quantité effroyable d'aventures et qu'une certaine Stéralénienne serait amenée à écrire l'histoire de son règne en une série de romans.
Mais ce dernier point, à l'aveu du génie lui-même, était plus que flou et caché derrière une multitude de réalités parallèles qui permettent de laisser planer un sérieux doute quant à sa réalisation future.
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Publié dans : Limmaraíeries
Lundi 7 août 2006 1 07 /08 /2006 12:11
L'on me réclame des informations sur le royaume de Mazya-Caramina, sous forme de carnet de voyage ; je serais ravie de vous obliger, mais je n'ai moi-même jamais mis les pieds là-bas, étant beaucoup trop casanière pour ça (déjà quand j'étais petite je hurlais quand mes parents voulaient m'emmener à la mer). Je me repose entièrement sur les nouvelles qu'on m'en donne, par l'entremise de Guilamo Zinalla, le voyageur de mondes, et des Intermédiaires.

Cependant - à parler de ce pays, à le rêver, à l'écrire et à le dessiner, il a fini par devenir plus réel pour moi que bien des lieux où je suis allée et que j'ai aussitôt oubliés ; et je peux donc vous en présenter les diverses facettes.


Voici une maison caramène typique. Mais attention : pas typique au sens où le sont les maisons typiques que l'on rencontre parfois, sur la route des vacances, au fin fond d'un village typique, dont la principale caractéristique est d'être environnée de touristes et de tomber en ruines, et dont on se demande bien de quoi elle peut être typique vu que c'est la seule de ce genre qu'on ait rencontré dans la région. Non, cette maison-ci est typique au sens où la plupart des maisons caramènes ressemblent à ça, dans l'ouest du pays en tout cas ; à l'est, le climat moins pluvieux, ainsi que la présence de montagnes rendant la pierre plus abordable, a permis d'abandonner la forme pyramidale et a favorisé l'apparition de maisons plus larges et moins hautes, avec parfois même des toits plats.

Cette maison-ci, se trouvant sur la façade maritime, est orientée en fonction du vent d'ouest dominant, qui se brise sur l' angle le plus aigu ; car la première chose que devrait noter tout visiteur dans son carnet de voyage, abordant en Mazya-Caramina, est que cette péninsule enchanteresse du bord du monde possède un climat pourri. Les autochtones, qui sont pour la plupart très patriotes, prétendent que cela ne fait que rendre les jours de beau temps plus magnifiques encore...

La coloration est pour le moins sommaire, car j'ai décidé que je reprendrais mes efforts pour apprendre à colorier quand j'aurais un peu plus de temps pour moi. De toute façon, vous êtes une majorité à préférer mes crayonnés en noir et blanc ; à quoi bon donc me casser la souris ?
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