Mardi 5 décembre 2006

J'ai réalisé trop tard que cette histoire n'avait que peu de chances d'intéresser qui que ce soit... Tant pis, j'ai commencé, je vais jusqu'au bout. Pour plus tard je vous machine un topo sur la mode en Carami en 88.V, ça ne sera pas plus passionnant mais au moins il y aura des dessins. En attendant...

Histoire de Flama, (toujours), deuxième épisode

Et ainsi Lumisi Déolyana fit-elle son entrée comme servante dans la maison du riche marchand Barnel de Daber. Comme elle n’avait pas vraiment le choix, elle apprit petit à petit la langue du pays, et la plupart des habitants de la maison la prirent en sympathie. Cela comprenait non seulement les autres serviteurs et les clients qui venaient tous les jours dans la boutique pour négocier des bijoux et des tissus précieux, mais aussi maître Barnel lui-même, sa femme Silem et leur fils, le petit Sianel. Sianel avait deux ans de plus que Lumisi, et au début, il ne vit guère de raison de s’intéresser à une vulgaire fille qui était encore presque un bébé ; mais le temps passa - des semaines, puis des mois, et puis des années - et, en grandissant, tous deux finirent par s’apercevoir qu’il y avait à portée de main des opportunités non négligeables.

            Quand ils eurent respectivement douze et dix ans, ce fut Sianel qui retira Lumisi de la cuisine, où elle lavait les assiettes, pour l’emmener avec lui dans la salle où son précepteur lui prodiguait l’instruction indispensable à l’héritier d’un riche marchand. Lumisi apprit ainsi à lire, à écrire, et à compter aussi bien que ses maîtres, et maître Barnel, voyant tout de suite la chance qu’il avait, donna bientôt à Lumisi la responsabilité de ses comptes. Et comme il ne convenait pas qu’une esclave s’occupât de ce genre de travail, il en profita pour l’affranchir par-dessus le marché.

           

            Globalement, Lumisi était heureuse. Elle avait tout ce qu’elle pouvait désirer, une grande maison, de beaux vêtements, plus de nourriture qu’elle aurait jamais pu en avaler, et Barnel et sa femme la considéraient davantage comme leur fille que comme leur domestique. Bien sûr, elle pleurait souvent à la pensée de ses parents, de sa sœur et de son pays lointain qu’elle ne reverrait jamais plus - quand on lui demandait où elle était née, elle répondait qu’elle n’en savait rien, et c’était vrai. Mais elle se reconstruisait un nouveau pays ici, à Daber, et elle pouvait regarder vers l’avenir sans difficulté.

           

            Quand Sianel eut vingt-quatre ans, maître Barnel, qui commençait à se sentir un peu fatigué depuis quelque temps, décida que le moment était venu de prendre sa retraite et de laisser à son fils la direction de l’affaire familiale. Sianel devint donc le maître de la maison, et la première chose qu’il fit alors fut d’épouser Lumisi - cela faisait déjà un certain nombre d’années que la chose était entendue, d’ailleurs. La noce fut fastueuse, mais resta discrète - il n’aurait plus manqué que la moitié de la ville apprenne que le fils de maître Barnel épousait une ancienne esclave venue d’on ne savait où ! Mais Sianel et Lumisi s’en fichaient éperdument, perdus dans le le bonheur de leur nouveau ménage. Peu après, un beau jour, Lumisi découvrit à sa grande joie qu’elle était enceinte ; et, deux ans après son mariage, elle accouchait d’une petite chose blondinette et rieuse qui semblait l’incarnation même du bonheur.

Quand le nouveau père pénétra dans la chambre de l’accouchée, un peu mal à l’aise comme tous les nouveaux pères, et bien caché derrière un énorme bouquet de fleurs, il trouva cependant son épouse étrangement absorbée dans la contemplation des grands yeux de la petite fille, l’air intrigué et vaguement inquiet.

« Quelque chose ne va pas, chérie ? demanda-t-il en posant sa jungle ambulante sur un coin du lit.

- Oh, non, tout va très bien... répondit vaguement Lumisi. C’est juste que... tu sais, pour le nom qu’on avait décidé de lui donner ?

- Oui, Silem comme sa grand-mère... ça ne va pas ?

- Non, décréta Lumisi. Plus je regarde ses yeux, et plus je trouve que... Elle a les yeux de ma mère, exactement tels que je m’en souviens d’il y a plus de vingt ans. C’est presque effrayant... Alors je veux l’appeler Faláma. Dans la langue de mon pays, cela veut dire « celle qui vient de loin ».

Car c’était tout ce que Lumisi savait de son pays d’origine : que ce n’était pas précisément la porte à côté. Quant à Sianel, il fut peut-être un peu déçu que sa fille ne porte pas le nom de sa mère ; mais comme il ne pouvait rien refuser à sa femme, la nouvelle citoyenne de Daber fut donc enregistrée sous le nom de Faláma, même si la prononciation locale eut vite fait de raccourcir le nom en Flama.

           

            Et la petite fille grandit - c’est une chose que les petites filles font assez fréquemment - et ses parents eurent vite oublié qu’elle était née comme une brusque réapparition des fantômes du passé. Flama était une enfant radieuse, un peu distraite, mais toujours prête à rire et à faire les quatre cent coups, et elle distillait l’allégresse dans la grande maison.

Quand elle eut seize ans, et que ses parents eurent réalisé enfin qu’ils n’auraient pas d’autre enfant, Sianel décida de prendre dans sa boutique un apprenti qui lui succéderait un jour - car ce n’était pas dans la civilisation de l’époque qu’une fille puisse hériter de son père. Ainsi Norédanal, un jeune rouquin parfaitement civilisé quoiqu’un peu cabotin, fit-il son apparition dans la maison. Ce qui devait arriver arriva, et quelques années plus tard, on célébra un nouveau et beau mariage dans la maison de maître Barnel. Pendant ce temps, les affaires prospéraient, et la famille faisait des envieux dans toute la ville.

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publié dans : Histoire de Flama
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