Dimanche 10 septembre 2006
Le seigneur Quinzadio Algalinda, s'il vous plaît. Ce n'est qu'un des noms de ce personnage qui se promène çà et là dans Carami, ni gentil ni méchant, n'appartenant à aucun des camps en présence si ce n'est au sien propre, capable de vous raconter de belles histoires un jour et de vous trahir le lendemain ; érudit vagabond, menteur expert, aristocrate le matin et magicien le soir, médecin quand ça l'inspire, escroc par tous les temps. Pour diverses raisons, les relations sont relativement tendues entre Noran et lui ; pour parler clairement, ils ne peuvent pas se voir. Une des raisons en est sans doute que Quinzadio est le seul, à part Alida, à percer Noran à jour, et qu'il tient à le lui faire savoir au moyen d'allusions plus ou moins fines.

Le seigneur Quinzadio est assez vieux pour avoir connu l'Engloutissement ; il a vu de ses propres yeux les quarante-quatre années de règne de Carlino. Mais il préfère l'Histoire à la réalité, et se moque de savoir que l'Histoire a pu être arrangée a posteriori, tant qu'elle lui permet d'exercer tout son talent de conteur. Pour lui, la vérité est ce qui a les plus jolies couleurs. Il serait un propagandiste idéal à la solde du Roi, s'il pouvait être vraiment à la solde de qui que ce soit.





Une seule chose ne change pas avec les diverses identités du seigneur Quinzadio : son art du ronchonnage.


Ci-dessous, un extrait du chapitre 8 de la première partie ; le "elle" du début désigne Lerhyn. Quant au "seigneur Monalim Vanna", c'est une fausse identité prise par Noran (il y a bien un vrai Monalim Vanna, ceci dit, il fait son apparition dans la deuxième partie, j'en parlerai peut-être), au moyen des oripeaux d'aristocrate de comédie du seigneur Quinzadio, qui passent donc d'un vagabond déguisé en seigneur à un seigneur devenu vagabond déguisé en seigneur...

Elle réintégra l’Hôtel du Lac à la nuit tombée, épuisée et frigorifiée, mais bien décidée à ne rien laisser voir ; cela ne les regardait pas. Elle grimpa l’escalier sombre qui menait à la luxueuse salle commune au premier étage, entra en plissant les yeux pour ne pas être éblouie par la profusion de lampes et de feux, et rejoignit le seigneur Quinzadio qui était attablé dans un coin devant une tasse fumante. Tête nue et sans manteau nobiliaire, il donnait à Lerhyn l’impression d’avoir perdu la moitié de son volume ; d’autant qu’il était passablement avachi. Comme il était le seul client dans la pièce, les deux serveurs assis devant le poële ne le quittaient pas des yeux.

« Tiens, seigneur Quinzadio, on vous a laissé quitter le lit ? Vous n’étiez pourtant pas très brillant cet après-midi, remarqua-t-elle.

- Ça, tu peux le dire, rétorqua le seigneur d’une voix éraillée, en dardant sur elle des yeux rouges. Mais… dis-moi… quel nom m’as-tu donné ? Quinzadio ? Tu sais bien que je m’appelle Quinti. Franchement, qui peut oser s’appeler Quinzadio, à part un de ces aristos pompeux ?

- Ah, tiens ? Vous n’êtes plus noble ? s’étonna Lerhyn.

- Il y en a déjà un dans ce groupe, répondit-il en désignant le plafond d’un geste maussade. Il n’y a pas la place pour deux. Tant pis, mais après tout, je suis bien mieux qu’un noble, moi, bien mieux…

- Vous êtes quoi ?

- Un magicien, chuchota-t-il ( cela dit, cela ne changea pas grand-chose à sa voix déjà bien maltraitée par la grippe ). Et, voyant que Lerhyn ouvrait de grands yeux : Oui, mademoiselle ! Un magicien de la plus grande lignée magique qui ait jamais existé en Carami. Mes ancêtres ont eu des pouvoirs qui te feraient frémir, gamine, rien qu’à les imaginer… Quinti Alliyo, c’est mon nom, Quinti Alliyo de la Lignée d’Allimara, héritier direct de Lanuri-Lella en personne ! Hélas, les temps ne sont plus favorables aux Grands Magiciens, de nos jours… obligés de nous cacher… Mais je sais des choses… Des choses… ( Sa voix se cassa et il partit dans une quinte de toux monumentale. ) Allez, conclut-il d’une voix allègre – ou qui voulait l’être – à ma santé ! » Et il avala une grande gorgée de son grog, avant de reposer la tasse sur la table et de s’avachir encore un peu davantage.

« Ouais, je crois que vous en avez besoin, fit Lerhyn. Et No… euh, le seigneur Vanna, il est où, lui ?

- En haut, répondit Quinti-Quinzadio en gardant le nez plongé dans son grog. Je ne sais pas ce qu’il fabrique, mais c’est louche. Depuis le début de l’après-midi, j’essaie de lui demander quand est-ce qu’il a l’intention de m’aider comme il me l’a promis… mais tu connais ces nobles, hein. Dès qu’il s’agit de rendre service, il n’y a plus personne ! 

- Euh… bon », fit Lerhyn en dissimulant son étonnement. Laissant l’incompréhensible individu qu’elle croyait connaître se mirer dans sa tasse, elle escalada deux à deux l’escalier menant aux chambres, et ouvrit à toute volée la porte de la suite allouée au seigneur Monalim Vanna.




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Commentaires

je changerai de trottoir lorsque je le croiserai ! Amitiés du vieux sorcier
Commentaire n° 1 posté par Honorius le 10/09/2006 à 15h33
J'aime bien ces bout de calygraphie dans tes images... ça leur donne un cachet exotique. ça invite au voyage. je m'aperçois que la table et la choppe sont bizarrement "perspectivés". On les voit de dessus, tandis que le personnage est vu à hauteur .
Commentaire n° 2 posté par koulou - (flégroll) le 11/09/2006 à 12h48

J'adore ce genre de personnage intrigant !!!


Superbe illustration !!!


Adûnä

Commentaire n° 3 posté par AdûnÀ Faël le 12/09/2006 à 05h50
Un bon vieux magouilleur des familles.
Commentaire n° 4 posté par zordar le 15/09/2006 à 12h59
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