Carami, suite des réflexions. Depuis le temps que je me dis qu'il faut que je vous en parle, de celui-là...
Certains l'auront peut-être reconnu, donc, il s'agit de Noran. Norandamo Noméo i Adolino Astandiya ma Doraími Límisinto de son nom complet, le personnage le plus problématique et le plus casse-tête que j'aie jamais mis dans une de mes histoires. Pourtant, a priori il ne paie guère de mine, ce n'est qu'un aventurier de service comme il y en a dans tous les romans d'aventures. Il apparaît ainsi au premier chapitre :
- Ça vous va bien de dire ça », lança une troisième voix depuis la balustrade qui faisait le tour du hangar à l’étage ; un pas fit trembler l’escalier en le dévalant quatre à quatre, et un grand jeune homme élancé fut tout à coup aux côtés de l’Enchanteur et du chapeau. Il portait un poignard à la ceinture, un foulard autour du cou, et ses cheveux blond sombre lui tombaient en mèches éparses dans les yeux.
Théâtral, isn't it ? Mais le personnage lui-même est théâtral. C'est pour ça qu'il est problématique : il joue tellement de rôles différents au fil de l'histoire qu'il en devient difficile de démêler sa vraie personnalité des fausses - et d'ailleurs, a-t-il seulement une vraie personnalité ? S'il y en a une qui est bien placée pour en parler, c'est
Alida , sa fiancée :
Voilà – il est grand, blond, élégant, avec deux petites cicatrices juste sous l’œil gauche ; il est un rien pompeux quand la situation s’y prête et il a tendance à se prendre très au sérieux si on le laisse faire. Son vrai prénom est Norandamo, mais ça n’a pas beaucoup d’importance pour le sujet qui nous occupe ; il ne vous a jamais dit un mot sur son passé et s’il n’explique jamais ses plans à l’avance, c’est probablement parce qu’il ne les comprend qu’à moitié lui-même. Il est gaucher, son juron préféré est « malédiction », et vous n’avez jamais compris exactement ce qu’il était venu faire dans la rébellion. Je me trompe ?
A vrai dire, Noran lui-même ne sait sans doute pas vraiment ce qu'il est venu y fabriquer dans cette rébellion. Son aristocratique famille est tombée en disgrâce, son père et sa mère ont été emprisonnés, lui-même s'est échappé de justesse et s'est retrouvé à la rue. Alors, comme il le dit lui-même, "quitte à être hors-la-loi, autant le faire dans les règles, non ?"
Et il est devenu chef de bande, révolutionnaire à temps partiel. Mais ça n'a pas duré longtemps, parce que les attentats, c'est bien quand ça réussit, mais quand ça rate ça a vite fait d'abréger votre carrière de criminel. Et c'est au fond d'une geôle qu'Alida est venue le rechercher pour le lancer dans la grande aventure. Et des problèmes insoupçonnés.
Il avait perdu la tête, cela n’était pas possible autrement. Il fallait être fou consommé pour s’en aller parader dans les hôtels, quand on était hors-la-loi recherché, en se faisant passer pour un aristocrate…
Ne sois pas idiot, se réprimanda-t-il ; tu ne te fais pas passer pour un aristocrate ; tu en es un. Et il ne viendra jamais à l’idée de personne de douter de la parole d’un Monalim Vanna.
Mais c’était bien là qu’était le problème, précisément ! Il n’était pas prêt à réendosser si brusquement les vieux habits, il n’était pas prêt à redevenir, même sous un autre nom, Norandamo Astandiya. Il y avait trop de douleurs et de souvenirs et de sentiments qui traînaient un peu partout, mal rangés, et où il avait du mal à se retrouver. Mais une fois de plus, on ne lui demandait pas son avis. Alors il se releva, remit son chapeau, tourna vers lui le miroir local, et entreprit d’étudier soigneusement ses attitudes.

Où est le problème avec ce personnage, me direz-vous ? Il est dans l'économie du roman. Je me suis attachée à ce personnage que j'avais tellement de mal à cerner (à titre d'indication, il m'a fallu extrêmement longtemps pour lui trouver un nom et un aspect physique, tandis que pour Alida par exemple l'un et l'autre étaient venus immédiatement), et pour mieux le cerner, je l'ai peut-être un peu trop développé. Il déborde de son rôle dans l'histoire. A lui tout seul, il a réussi à me déséquilibrer toute mon intrigue et à me faire douter de l'ensemble de mon roman !
Mais je vais y arriver. Il faut que je me dise que je vais y arriver, sinon je ne vais jamais y arriver. Si vous me suivez.
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