Jeudi 29 juin 2006 4 29 /06 /2006 20:19
Ce n'est pas tout de tenir un blog, encore faut-il mettre des choses dedans. Je vais donc vous parler de Carami.

Carami a été mon projet principal de l'été 2004 à l'automne 2005, qui est le moment où les mésaventures de Chloé Zinalla ont pris le relais - et ont tellement envahi mon temps et mon imagination que la fée Alida, qui était à ce moment-là coincée dans l'ambassade d'Ondomo sur le point d'être assiégée par les sbires du Roi pendant que les évadés à qui elle avait donné rendez-vous à l'autre bout de la ville se coltinaient à sa place l'énigmatique Malia l'Océane, s'est trouvée quelque peu délaissée.
La voici, Alida ; les anciens abonnés de Chloé se souviennent peut-être d'elle. Pour les autres, une présentation rapide. Nous sommes en Mazya-Caramina en l'année 88.V, il y a environ mille ans, et le régime autoritaire du roi Carlino Premier a fait des magiciens une communauté paria, en marge de la société qui les considère avec suspicion. Malgré tout cela, notre Alida, magicienne de très bonne famille habituée à avoir toujours tout ce qu'elle veut quand elle le demande, s'est débrouillée pour tomber amoureuse d'un certain Norandamo Astandiya, situé tout à l'autre bout de la société caramène, dans la noblesse de cour. Et c'est justement ça qui va précipiter l'histoire. Car, quand la famille de son bien-aimé se retrouve en disgrâce et qu'il devient, d'aristocrate, hors-la-loi recherché et bientôt arrêté, la fée Alida entend bien le sortir du pétrin, coûte que coûte et quitte à bousculer des siècles de secrets et de principes accumulés ; parce que ce n'est pas une broutille comme le sort du monde qui va se mettre entre la fée Alida et son futur mari, non mais.

Alors l'histoire commence. Le fiancé y est embarqué joliment, je vous en parlerai à l'occasion, et il n'est pas le seul. Alida pour sa part joue les trouble-fête dans les différents microcosmes de Selmina, la capitale, qui ne s'appelait pas encore Argantia parce que le roi Arganti n'était pas encore venu pour la rebaptiser. Le Maître des Prisons, l'ambassadeur d'Ondomo, le jeune et ambitieux seigneur Monalim Vanna, toute une bande de rebelles, une mystérieuse inconnue (la susnommée Malia), l'anguillesque Quindo Aldino alias Quinzadio Algalinda alias Quinti Alliyo, et quelques autres, se retrouvent mis en mouvement par ses ronds dans l'eau. Et l'histoire s'achemine vers sa fin.

Qui ne sera pas, du moins pas entièrement, dans les mains de notre fée Alida ; elle aurait bien aimé, mais on ne peut pas tout avoir. Il y a le fiancé, Norandamo, qui va y jouer aussi un certain rôle. Et puis Lerhyn. Lerhyn n'a l'air de rien, mais quand elle veut quelque chose, elle le veut, elle aussi. La suite au prochain numéro...

Quelques extraits, pour mieux cerner Alida :

J’ai fouillé toute la région de Carlénaía pendant des semaines, qu’est-ce que tu voulais que je fasse de plus ? Enfin, il faut dire que ta description n’était pas très précise, non plus. Les cheveux bruns, les yeux bleus, pas très grande... Ça correspond à la moitié des filles de Mazya-Caramina, je te signale !


« Qui est là ? murmura Noran en regardant l’épaisse masse de fer se déplacer petit à petit vers l’intérieur avec un horrible gémissement.

- A ton avis ? » rétorqua une voix, et une forme sombre, dont la silhouette disparaissait sous une cape hivernale, pénétra dans la cellule en même temps que la lueur bleue d’une lampe marine. Et Noran fut encore plus époustouflé que quand il s’était réveillé en prison deux semaines auparavant ( alors qu’il était fermement convaincu d’être mort ). Entendre cette voix au milieu de ce cachot sinistre, c’était tout bonnement impossible...

Et pourtant, c’était bien elle. La fée Alida repoussa sa capuche, secoua ses cheveux, et jeta à son fiancé un regard plein de curiosité.

- Tu as changé, dis donc, remarqua-t-elle en plissant les yeux.

- Toi aussi », ne put que répondre Noran. De fait, c’était indéniable. Les longues tresses noires d’autrefois avaient disparu ; les cheveux d’Alida pendaient à présent en désordre jusqu’au-dessus de ses épaules, et ses élégantes tenues avaient cédé la place à une simple robe courte de paysanne et à une paire de guêtres sous sa cape brune de laine grossière.

« Va refermer la porte, tu veux bien ? demanda-t-elle en s’asseyant sur la paillasse. Une cellule ouverte au milieu d’une prison, cela fera un drôle d’effet si un gardien passe par là. »

Interloqué, Noran s’exécuta – il ne voyait pas quoi faire d’autre – puis il se retourna vers elle. Il lui faudrait un certain temps pour s’habituer à cette nouvelle apparence, se dit-il.

« Euh... qu’est-ce que tu fais ici ? risqua-t-il.

- Je te sauve la vie, quelle question ! A moins que tu ne préfères attendre tranquillement ici qu’on vienne t’exécuter ?

- Eh bien... » bredouilla Noran, et le ridicule de cette conversation lui apparut tout d’un coup. Bien sûr, six mois avaient passé, et ni l’un ni l’autre n’était plus celui qu’il avait été ; bien sûr, ces retrouvailles inopinées avaient quelque chose d’embarrasant ; mais enfin, elle était là, et elle allait bien, et il l’aimait ! Et de son côté, Alida dut penser à peu près la même chose, car l’instant d’après, ils étaient étroitement serrés dans les bras l’un de l’autre, un peu perdus entre le rire et les larmes.

« Je t’ai cherchée partout pendant des mois ! s’écria Noran, s’en tenant difficilement au chuchotement qui semblait de mise en pareille situation. J’ai fait fouiller tout le nord du pays, je ne t’ai pas trouvée !

- Et pour cause, nous étions dans le sud, répondit Alida. Mais je t’expliquerai ça plus tard, pour le moment, laisse-moi te voir – ah, tu as fière allure en chef de hors-la-loi, vraiment !

La situation était en train de virer tout doucement à la catastrophe ; d’ici quelques minutes au plus, un garde allait passer, découvrir Ejah planté à la porte du dortoir, entrer voir ce qui se passait, et tomber sur Alida en train de se débattre dans son argumentaire pour convaincre de se laisser ramener à la vie une bande d’idiots qui se considéraient comme déjà morts ! Comment pouvait-elle prévoir, elle, que ses généreuses propositions feraient si peu d’effet ? Quel individu sain d’esprit serait allé les refuser ?

Ne voyant plus pour se tirer de ce pétrin d’autre solution qu’un traitemement de choc, elle se mit à réciter à toute vitesse : Bizarma lumi, kaa lumi, kaa mirelu mirelu me... Et, au huitième mot, elle disparut.

L’espace d’un instant, elle se dit que cela vaudrait la peine d’utiliser ce sortilège plus souvent – rien que pour la tête des spectateurs. Elle-même savait bien qu’elle n’était pas invisible du tout, ce n’était qu’une illusion qu’elle donnait, mais en matière d’esbroufe cela revenait exactement au même. Au bout de trente secondes d’amusement, cependant, elle se dit qu’elle avait du travail à faire et réapparut.
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Publié dans : Carami
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