Les voyageurs et les valises suivirent la fillette en file indienne jusqu'à une petite automobile d’allure banale garée devant l'aéroport. Un chauffeur, assis au volant, feuilletait un hebdomadaire jhetupûrien qu’il s’empressa de replier à l’arrivée de ses passagers.
La voiture n’avait rien d’une limousine princière et elle n’avait visiblement jamais été prévue pour transporter en plus de son chauffeur cinq personnes, six valises et un sac de voyage. Les bagages furent tant bien que mal entassés dans le coffre et les passagers sur la banquette arrière ; la fillette prit place à côté du chauffeur. Le véhicule démarra et s’engagea dans les rues d’Allahva, où des gratte-ciel d'un nombre astronomique d'étages côtoyaient de vieilles maisons d'une architecture orientale très élégante. Enfin on atteignit le palais princier, qui était un palais oriental avec tout ce que cela peut impliquer, escaliers, dômes, jardins et tout l’attirail habituel. Un énorme portail, flanqué de deux cerbères aussi immobiles que des échantillons d’art local, s’ouvrit pour laisser entrer la voiture et ses passagers ; lesquels se retrouvèrent dans un intérieur qui valait largement l'extérieur, avec des salles si immenses que le plafond semblait disparaître dans les nuages, dans lesquelles l'or et les marbres étaient aussi abondants que le bois, et où des fontaines d'eau pure et claire faisaient jaillir des gouttelettes argentées par la bouche de sirènes et de dragons sculptés dans la pierre. Estaline aperçut même un arbre chargé de fruits dorés, qui poussait au milieu d'une pièce, dans un grand pot d'argent massif, et qui déployait ses branches élancées dans toute la salle.
Après avoir traversé des salles resplendissantes, des cours intérieures merveilleusement ensoleillées, des couloirs interminables, nos amis parvinrent enfin à une salle qui ressemblait fortement à la conception traditionnelle de la salle du trône, avec tapis rouge et vaste fauteuil précieux au bout. Personne ne douta que c'était là qu'ils allaient être présentés à la princesse Amida.
« Vous permettez ? demanda poliment la fillette en prenant congé du groupe, et en s'éclipsant par une petite porte située près du trône. Si vous voulez vous donner la peine d'attendre quelques instants... »
Elle disparut dans la pièce d'à côté, et les voyageurs restèrent dans la salle du trône, à admirer les tapisseries locales. Alors qu'ils étaient perdus dans la contemplation, la fillette revint. Mais elle s'était changée : elle portait à présent une riche robe de soie, et avait autour du cou un double collier de perles d'une valeur sans doute inestimable, auquel pendait un gigantesque bijou d'or et de cristal doré. Au front de la petite fille était un cercle d'or orné de pierreries étincelantes.
Sans aucune hésitation, la fillette ainsi transformée alla s'asseoir sur le trône et, de là, resta à observer ses invités. Qui, inutile de le dire, ne cachaient pas leur stupéfaction.
- Oui, vous avez deviné, dit la fillette ( même si Annie n'avait rien deviné du tout ), je suis la princesse Amida en personne. J'ai été obligée de venir vous chercher moi-même à l'aéroport, et incognito, pour être sûre que la statuette ne soit pas détournée. Vous l'avez ?
- Bien sûr, Votre Altesse, répondit Annie en s'inclinant jusqu'à terre. Elle est dans ma valise, si toutefois monsieur Délit ne me l'a pas volée.
- Ah, je vous jure que je n'y ai pas touché ! fit Maximilien. Croix de bois, croix de fer !
Elle ouvrit une de ses valises, écarta quelques vêtements et ustensiles de toilette, et montra à l'assemblée la statuette resplendissante, avant de la tendre cérémonieusement à la princesse en s'inclinant une nouvelle fois. La princesse s’empara de l’objet avec un rire de joie et s'empressa de l'enfermer dans un petit coffre qui se trouvait caché dans un des accoudoirs du trône.
- Encore une fois, merci beaucoup, dit-elle en se rasseyant sur le noble fauteuil.
- De rien, Votre Altesse, répondit Annie en s'inclinant derechef. C'est nous qui vous remercions de nous avoir invités dans votre palais.
- Je vous le devais bien ! rit la princesse. Et si vous voulez me faire plaisir, commissaire Mallier...
- Arrêtez de vous incliner à chaque fois que vous me parlez. Vous aller finir par vous coller un tour de reins, et j'aimerais bien voir votre visage de temps en temps.
Annie se releva aussi sec, comme mue par un ressort. La princesse rit de nouveau.
Estaline, qui réfléchissait depuis un certain temps, leva soudain le doigt.
- Cela fait un certain temps que je réfléchis, et si vous me permettez, j'aimerais savoir, par simple curiosité, vous comprenez, enfin, juste pour savoir, quoi...
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