Un mois s'écoula, au cours duquel on n'entendit plus parler des deux quidams qui avaient assiégé le commissariat.
Celui-ci étant en réparations, et occupé par plus d'ouvriers s'efforçant de réparer les dégâts que d'agents de police, Annie avait décidé de conserver jusqu'à la fin des travaux le quartier général qu'elle s'était aménagé à l'étage, jugeant que le danger de recevoir sur le képi un pot de peinture tombé d'une échelle était aussi grand que celui de se faire tirer dessus par Bébert. Quant à la statuette, elle attendait dans un coffre-fort de la banque que l'on réparât celui du commissariat.
L' « affaire de la statuette », comme on l'avait surnommée, ayant été étouffée pour ne pas amener d'ennuis à la police locale ( il est fort humiliant de s'entendre rappeler que l'on a été assiégé toute une après-midi dans un commissariat par deux quelconques individus ), Maximilien n'avait pu faire valoir les services qu'il avait rendus ce jour-là, et avait dû se résigner à se voir condamner par le tribunal à une peine de prison, qu'il purgeait depuis deux semaines dans l'établissement voisin.
Bien sûr, dès que le siège avait été levé, Estaline et Julien s'étaient empressés de regagner leurs familles respectives, qui les avaient accueillis avec une joie compréhensible. Mais ils avaient promis à Annie de revenir la voir de temps en temps. Julien avait même retrouvé sa bicyclette, qui était tout bêtement restée derrière un buisson.
Un soir, aux environs de minuit moins le quart, Estaline fut arrachée à son lit par un furieux hurlement de téléphone. Elle traîna les pieds jusqu’à l’appareil, où la voix d’Annie bondit du combiné :
« Allô Estaline ? Je sais qui était la patronne de Bébert !
- Ça fait une semaine que je fouille dans tous mes dossiers, j’ai une migraine à démolir un éléphant, mais j’ai trouvé ! C’est une dénommée Lydia Bollik, la plus malhonnête femme que l'on puisse trouver sur cette terre. Elle fait un peu de tout : trafics divers, espionnage, contrebande... Elle est le chef d'un réseau international de criminels et recherchée par toutes les polices de tous les pays. Mais apparemment, ce n'est pas du tout son genre de s'allier avec des bandits de bas étage comme ce Bébert.
- Elle avait peut-être besoin d'un individu qui connaisse la région ? marmonna vaguement Estaline.
- Probable. Mais ce n'était pas seulement pour te dire cela que je te téléphonais.
- Tu te souviens de ce que nous avait dit Maximilien à propos de la statuette ?
- Oui, qu'elle était... jhêturu... pienne ou quelque chose comme ça.
- Jhetupûrienne, exactement. Et figure-toi que je viens de recevoir par l'intermédiaire de l' ambassade du Jhetupûr, une lettre de la princesse Amida elle-même.
- Parfaitement. L'ambassadeur m'a dit qu'elle avait entendu parler de tout ce qui s'était passé l'autre jour. Et dans sa lettre, elle m'explique que la statuette appartient à la famille royale depuis des siècles, et qu'elle lui avait été volée dernièrement. Elle me dit aussi que cette statuette est pour elle un objet très précieux, et qu'elle doit absolument le récupérer. Aussi me prie-t-elle de venir la lui apporter en personne, car c'est pour elle la méthode la plus sûre. Mais ce qu'il y a aussi, c'est que...
- Qu'elle vous invite aussi, Julien et toi, à venir passer quelque temps dans son palais d'Allahva, la capitale du Jhetupûr.
- Julien et moi ? Ce serait génial ! Je vais demander à mes parents s'ils le permettent... Je vous rappellerai ! Au revoir !
- Au revoir ! Moi, je vais appeler Julien pour lui transmettre l'invitation.
- Clic ! » Et Estaline retourna se coucher.
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