Mercredi 10 mai 2006

Vous vous demandiez comment je pourrais bien faire pour remplir mon blog sans y toucher ? La solution était simple. Recyclage, mes amis, recyclage...


La Tradition d'Allahva a été écrite de juillet à novembre 1999, alors que j'étais âgée de quatorze ans. C'est une toute petite novella, mais à l'époque c'était le plus gros roman que j'aie jamais écrit : 46 pages Word, mes aïeux ! Quel pavé !
Mais la particularité principale de cette histoire n'est pas sa longueur ( le record a d'ailleurs été battu peu après par l'Epopée du Roi Zago, que je mettrai peut-être en ligne ensuite s'il y a encore du temps à occuper avant mon retour, et qui a atteint la somme astronomique de 61 pages ), ni les influences très "tintinesques" et "spiroutiennes" qui s'y remarquent, ni même les jeux de mots calamiteux ( pour moitié dus à mon frère, onze ans à l'époque ) qui y foisonnent. La Tradition d'Allahva est la seule histoire que j'aie jamais écrite qui se déroule dans notre monde, enfin presque. 

A l'époque, je prenais cela très au sérieux. Aujourd'hui, les incohérences et les balourdises de l'intrigue me sautent aux yeux, comme elles sauteront aux vôtres si vous vous avisez d'y jeter un oeil ; et pourtant, je garde pour cette petite histoire une certaine tendresse, voire une tendresse certaine, au point que je n'hésite pas à la ressortir des tiroirs sept ans plus tard pour la montrer en public.

Attention... tout le monde s'installe bien dans son siège... silence... on éteint les portables...

Bambambam bambam bambam bam

BAM !

BAM !

BAM !



Un calme plat régnait sur le Commissariat Central de Saint-Serment-des-Olets. C'était le genre de calme que tout apparente à un sommeil léthargique, et qui, bien que bénéfique ( parce que reposant ) au début, génère bien vite un ennui mortel.

Les agents vaquaient à leurs occupations respectives dans un état de demi-éveil, attendant avec espoir qu'on leur amenât quelque dossier à classer, quelque délinquant à arrêter, n'importe quoi pourvu que ce morne calme pût en être troublé.

            Dans le bureau du commissaire, par contre, la situation était tout sauf calme, et si l’agitation ne s’était pas encore répandue dans tout le commissariat, c’est que toute sa population savait pertinemment qu’on ne dérangeait pas le Chef quand elle était dans cet état-là.

La commissaire Annie Mallier cherchait un dossier. Occupation toute naturelle, me direz-vous. Mais qui peut durer longtemps, pourvu que le dossier soit bien caché. Et apparemment, celui-ci l'était. Et la commissaire Mallier, toute charmante et sympathique qu'elle fût, n'avait jamais fait montre d'une immense patience.

« Mais nom d'un chien, je l'avais mis dans ce tiroir, j'en jurerais ! Il n'a quand même pas disparu ! soliloquait-elle en fouillant avec vigueur dans le tiroir en question. Où peut-il être, bon sang de bonsoir ? On ne me l'a tout de même pas vol... ( elle s'interrompit, soudain prise d'un horrible doute ) Quoique... » 

Elle pivota brusquement sur ses talons et ce qu'elle vit confirma sa pensée. Avachi dans un confortable fauteuil du bureau du commissaire, un jeune individu à la tenue décontractée était plongé dans la lecture du classeur recherché, et il paraissait y trouver un intérêt certain.

« Maximilien Délit ! hurla la commissaire furieuse. Indécrottable kleptomane ! Qu'est-ce que vous faites ici, et avec mon dossier, de surcroît ?

- Je vous signale, répondit Maximilien avec aplomb, sans même relever la tête, que ce dossier me concerne et que si je n'ai plus le droit de lire les dossiers qui me concernent, eh bien, où allons-nous ?

- Je vous avais mis en cellule ! Qu’est-ce que vous faites dehors ?

- Si vous aviez déjà été, comme moi, dans une cellule de commissariat, vous sauriez que ce ne sont pas là des endroits très agréables. C'est pourquoi j'ai préféré aller prendre un peu l'air. Remarquez que je ne m'évade pas, puisque je reste dans le commissariat. Et puisque je ne m'évade pas, vous n'avez pas de souci à vous faire à mon sujet.

- Vous êtes en garde à vue et vous êtes censé y rester tant que je ne vous libère pas ! A quoi servent les cellules si les prisonniers vont se promener où ils le désirent ? Vous allez me faire le plaisir de réintégrer votre cellule tout de suite et de cesser de vous évader sans arrêt !

- Je ne m'évade pas, vous ai-je dit. Mais puisque cela vous fait plaisir, j’y retourne... à bientôt ! »

Il rendit son dossier à Annie désemparée, se leva et quitta la pièce. La jeune femme se laissa tomber dans le fauteuil. Ce Maximilien Délit la déconcertait complètement. Oh, elle n'avait aucun doute qu'il retournerait en prison comme il l'avait dit; mais seulement, combien de temps y resterait-il ? En plus d'être un pickpocket chevronné, capable de subtiliser n'importe quoi à n'importe qui sans que personne ne s'en aperçoive, il s'était fait une spécialité des évasions en tout genre et il était absolument impossible de le retenir enfermé longtemps. Annie n’avait pas encore compris par quel miracle ses agents avaient réussi à l’arrêter, et elle ignorait également pourquoi, même en quittant sa cellule pour un oui ou pour un non, il s'obstinait à rester dans le commissariat alors qu'il lui eût été aisé d'en sortir et de disparaître au loin. Peut-être tenait-il, même s'il préférait le faire dans des conditions plus agréables, à purger sa peine comme un honnête citoyen - qu'il n'était pas...

Plongée dans ses réflexions, Annie n'avait pas entendu frapper à la porte ; ce n'est qu'après maints toc-toc qu'elle se rendit compte que quelqu'un désirait entrer dans son bureau. Espérant que ce ne fût pas encore Maximilien, elle dit d'une voix lasse :

« Entrez ! »

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Publié dans : La tradition d'Allahva
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