Mardi 16 mai 2006 2 16 /05 /2006 17:59

A l'étage, outre le débarras où Julien et Maximilien avaient trouvé la vieille porte et maints autres composants de la barricade, se trouvaient quelques pièces, dont une salle de bains, que l'on ignora ( à part en ce qui concernait les toilettes qui pourraient se révéler fort utiles en cas de siège prolongé ) , et une petite chambre à coucher inhabitée, pourvue d'un vasistas, qu'Annie élut pour quartier général provisoire. 

Aussitôt, chacun trouva une place à son goût : Estaline et Julien s'assirent sur une table, Maximilien s’installa sur le lit, et Annie prit place sur un petit fauteuil, certes moins confortable que celui de son bureau, mais qu'elle jugeait convenable en ces temps de restrictions.

Aussitôt installée, elle décida, pour le principe et pour respecter les règles, de faire une brève vérification qui prouverait que tout le monde était arrivé sain et sauf à l'étage. Evidemment, les trois autres répondirent présent.

Bientôt, entra dans la pièce l'agent Jean d'Arme 33, accompagné des deux autres agents qui se trouvaient dans le commissariat, à savoir, pour ceux que cela intéresse, les agents Paul Hissier (12) et Sylvain de Vla-les-Fliques (21). Qui furent aussitôt sermonnés par Annie :

" Messieurs, ce n'est pas parce que je ne me trouve pas dans mon bureau habituel que vous ne devez pas frapper avant d'entrer. Ressortez, s'il vous plaît. "

Les trois agents ressortirent de la chambre. Peu après, on entendit un toc-toc-toc à la porte. « Entrez ! » dit Annie, et les agents pénétrèrent de nouveau dans la pièce.

« Nous sommes tous au complet à présent ! dit Annie satisfaite. Mais puisque je vais apparemment devoir m'établir ici, j'aimerais avoir à ma disposition mes dossiers et classeurs... Mais je vais devoir m'en passer, je le crains. Ah ! Si seulement nous pouvions leur donner la statuette, ils nous ficheraient peut-être la paix, ces bandits !

- Ne vous en faites pas ! intervint Maximilien. Qui a dit qu'on ne le pouvait pas ?

Et, d'un geste théâtral, dans la stupéfaction générale, il exhiba le précieux objet à cause duquel le commissariat se trouvait assiégé. Annie sursauta de joie et de surprise sur son fauteuil.

" Vous êtes génial ! s'écria-t-elle. Mais comment avez-vous fait ? 

- Eh bien, je ne serais pas un voleur digne de ce nom si je ne savais pas forcer la serrure d'un coffre-fort. Mais que j'étais génial, ça, figurez-vous que je le savais depuis longtemps !

- Et vous êtes aussi très modeste, dit Estaline en riant. Alors, pour la statue ? On va la rendre aux bandits ?

- J'hésite... répondit Annie, qui semblait plongée dans une intense réflexion. Si seulement j'avais mes dossiers ! Je pourrais savoir qui est cette femme, et en tirer les conclusions qui s'imposent... Mais il est trop dangereux de redescendre... Si cette brute de Bébert aperçoit quelqu'un, il tirera sans sommations !

- Moi, je veux bien y aller, proposa Estaline. Je suis la plus petite de taille ici, je pourrai plus facilement me baisser pour qu'on ne me voie pas...

Ce n'était pas vrai : Julien avait exactement la même taille, et s'il était probable que l'un des deux eût un ou deux centimètres de moins que l'autre, c'était plutôt lui qu'elle ; mais Estaline avait, ce fait est prouvé, l'esprit aventureux, et elle tenait à se voir attribuer la mission. 

- Mais tu cours un très grand risque ! s'exclama Annie. Je suis momentanément responsable de toi, je ne peux pas me permettre...

- Eh bien, laissez tomber les responsabilités cinq minutes ! " coupa Estaline, et elle disparut dans l'escalier.

Annie allait se lancer à sa poursuite, lorsque Julien la retint par la main.

" Mais... fit Annie.

- Ne vous inquiétez pas, assura le jeune garçon, je la connais, moi, et je suis certain qu'elle s'en sortira bien. Elle possède l'art de démêler les situations les plus compliquées !

- Eh bien, si tu le dis, soupira Annie, se rasseyant dans son fauteuil. Mais je persiste à croire que le danger est grand. "

Pendant ce temps, Maximilien, se dressant sur la pointe des pieds, avait ouvert le vasistas, et était en train de se hisser par l'ouverture.

" Qu'est-ce que vous me fabriquez encore, vous ? demanda Annie.

- Moi, répondit Maximilien, je me suis promu au rang de vigie et tout ce que j'essaie de faire, c'est d'observer les bandits d'un poste plus élevé.

- Ma foi, faites comme chez vous ", dit Annie. Quant à elle, elle prit Julien à part et profita de l'absence momentanée de l'intéressé pour informer le jeune garçon des doutes qu'elle éprouvait concernant Maximilien et le cambriolage du palais de l'Orangerie.

Au moment même où elle cessait de parler, on entendit le bruit de la mitraillette de Bébert, et Maximilien se laissa brusquement tomber à l'intérieur de la pièce.

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Publié dans : La tradition d'Allahva
Lundi 15 mai 2006 1 15 /05 /2006 17:58
- On devrait téléphoner, proposa Julien.
- Excellente idée ! s'écria Maximilien.

- Vous, on ne vous demande pas votre avis, dit sèchement Annie. N'empêche que c'est une bonne idée tout de même, ajouta-t-elle en muant sa moue en sourire. Allons-y ! "

Elle se précipita vers le téléphone, suivie aussitôt de tous les autres.

" Le plus urgent serait que les enfants téléphonent à leurs parents pour les informer de leur situation, dit-elle. Allez-y, les enfants.

- A toi l'honneur, Estaline, dit Julien avec une gracieuse courbette.

- Merci, galant homme, répondit Estaline et pouffant de rire, et elle empoigna le combiné, puis le porta à son oreille. C'est là que son sourire mourut sur ses lèvres.

- Il n'y a pas de tonalité, dit-elle. Vous êtes sûre qu'il marche, votre téléphone ?

- Il marchait très bien hier, répondit Annie énervée. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Elle porta le combiné à son oreille et s'aperçut aussitôt de la véracité des paroles d'Estaline : le téléphone ne marchait plus.

- C'est bien le moment ! s'écria-t-elle avec rage, en rejetant plus que brusquement le combiné sur l'appareil. Personne n'a un téléphone portable ?

- Non, firent de concert Estaline et Julien.

- Moi j'ai le vôtre, Annie, si vous voulez, fit Maximilien en tendant l'engin à Annie.

- Le... le mien ? Mais qu'est-ce que vous fabriquez avec mon portable, espèce de louche individu ? Et puis d'abord appelez-moi mademoiselle la commissaire, et rendez-moi ça ! De toute façon, il ne peut pas être d'une grande utilité, il n'y a plus de batterie. Mais peut-être que les agents de garde, eux... ?

Estaline, Julien, si vous pouviez allez me trouver le matricule 33 et lui demander s'il en a un, lui ?

- A vos ordres, mademoiselle la commissaire ! " répondirent les deux enfants d'une seule voix, avec deux saluts militaires parfaitement synchronisés. Ils sortirent du bureau en courant. Annie resta seule avec Maximilien. Elle se laissa tomber, épuisée, dans le fauteuil.

" Ce serait la meilleure ! soupira-t-elle. Assiégée dans mon propre commissariat !

- Oh, fit Maximilien, il n'y a pas de quoi en faire un drame. Cela fait deux jours que j'y habite, moi, dans cet endroit, et je puis vous assurer qu'il possède tout le confort nécessaire.

- Mais vous, expliqua Annie avec emportement, vous n'êtes qu'un voleur, votre sort n'intéresse personne ! Tandis que les enfants, eux, ont une famille, ont des parents qui doivent être morts d'inquiétude à l'heure qu'il est !

- A mon avis, répliqua Maximilien, ils seraient morts d'inquiétude aussi s'ils savaient dans quelle situation sont leurs enfants ! " 

Annie ne put rien répondre : juste à ce moment, les objets de cette probable inquiétude revenaient dans le bureau, essoufflés.

- On a trouvé l'agent 33, haleta Estaline.

- Et il n'a pas de portable, continua Julien. On a aussi demandé à tous les autres agents...

- Et personne n'en a, conclut Estaline.

- Misère de sort ! s'écria Annie. Pas de doute, nous sommes assiégés ! "

Au même instant, comme pour confirmer ses dires, une rafale de mitraillette qui était probablement l'oeuvre de Bébert traversa la fenêtre, qui, étant déjà brisée, n'en souffrit pas davantage, et la table, qui n'était certainement pas aussi aussi solide qu'elle l'avait semblé pour ceux qui avaient installé les barricades.

Heureusement, les quatre personnes présentes eurent le réflexe de s'aplatir sur le sol, et personne ne fut blessé. Par contre, un miroir situé à l'opposé de la fenêtre vola en éclats.

" Sept ans de malheur, constata calmement Maximilien en se relevant.

- Je ne sais pas, dit Annie, si cela va durer sept ans ; mais pour le moment, si nous restons dans les parages, il est certain que les malheurs ne tarderont pas !

- Montons à l'étage, proposa Estaline. Là, Bébert ne pourra pas nous atteindre et nous pourrons réfléchir calmement. "

Sa proposition fut acceptée à l'unanimité, et tous quatre, après avoir remplacé la table traîtresse par une autre jugée plus fiable, quittèrent le bureau pour monter l'escalier. Estaline remarqua que Maximilien sortit le dernier de la pièce, après y être resté un instant seul; mais elle ne jugea pas le moment propice à se poser des questions.

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Publié dans : La tradition d'Allahva
Dimanche 14 mai 2006 7 14 /05 /2006 17:57

La commissaire Annie Mallier se réveilla sur le confortable fauteuil de son bureau. Quoi ? Que s'était-il passé ? Où était-elle ?

Estaline se trouvait près d'elle. Lorsqu'Annie ouvrit un oeil, elle poussa un soupir de soulagement.

" Enfin, s'écria-t-elle, vous vous réveillez ! Je commençais à croire que vous alliez nous laisser nous débrouiller tout seuls avec les deux cinglés, dehors.

- Les deux... ah, oui, c'est vrai... Bébert et l'autre... et la mitraillette...

- Ah oui, la mitraillette, parlons-en ! dit Estaline. Je ne sais pas si vous avez remarqué que votre porte est complètement fichue.

- Ce n'est pas grave... Tout le monde est vivant, au moins ?

- Pour l'instant, oui. Ju d'Orange, Julien quoi, et Maximilien sont en train d'essayer de boucher le trou de la porte et les fenêtres, pour empêcher les bandits de tirer ou de rentrer. Je ne sais pas comment ils se débrouillent...

- J'ai été assommée, non ? Qu'est-ce qui s'est passé après ?

- Eh bien, Maximilien passait par là et il vous a ramenée dans votre bureau.

- C'est gentil de sa part... Il faudra que je le remercie quand je le verrai...

- Et ensuite, l'espèce de bonne femme dehors a répété qu'il fallait lui donner la statuette, Bébert a tiré à travers la fenêtre de votre bureau, et il a complètement démoli votre meuble, celui où vous aviez mis la clef du coffre-fort. A mon avis, il ne doit plus rester grand-chose de votre clef maintenant. Alors Julien s'est permis de parler en votre nom, il a passé la tête par le trou et il leur a crié quelque chose comme, oh, je sais plus trop, du genre " maintenant, si vous voulez récupérer la statuette, débrouillez-vous ", enfin quelque chose comme ça, quoi, et il leur a expliqué qu'on ne pouvait plus ouvrir le coffre-fort, et comme ils ne voulaient rien entendre et qu'ils continuaient à réclamer la statue, il leur a ajouté qu'ils étaient des criminels, des bandits, des assassins, des horribles malfaiteurs, et j'en passe et des meilleures... Et puis il s'est sauvé en courant, parce que Bébert avait l'air de vouloir lui tirer dessus. C'est ce qu'il a fait, d'ailleurs. Mais heureusement, Ju était déjà loin. Par contre, le meuble, là, contre le mur, est dans un piteux état..

- L'Etat subventionnera bien les réparations ! Le plus important est que tout le monde soit vivant. Tiens, je vais voir comment les garçons s'en sortent avec la porte et les fenêtres.

- Attendez-vous à ce qu'on vous tire dessus ! Je ne sais pas si les barricades sont finies.

- Un commissaire de police doit s'attendre à tout. Si tu veux venir avec moi... "

Estaline suivit Annie dans le couloir. Mademoiselle la commissaire insista pour faire d'abord un bref tour du commissariat, histoire de constater dans quel état les tirs répétés avaient mis son domaine; elle constata que seule la partie avant avait vu sa décoration modifiée par les rafales; elle put s'apercevoir également que Julien et Maximilien avaient entassé devant toutes les fenêtres quelques meubles, des plus solides qu'ils eussent pu trouver, et parmi lesquels maints bureaux, commodes ou autres tables, afin sans doute d'empêcher les assiégeants de faire de ces ouvertures vitrées un chemin d'entrée dans la place forte.

Mais la plus curieuse des défenses surprit Annie devant la porte. Là se trouvait installé un curieux entassement d'objets divers, allant de la chaise de bureau au pistolet de l'agent Jean d'Arme, qui avait insisté pour apporter son assistance.

Auprès de ce singulier empilement s'affairaient Julien et Maximilien, qui étaient en train d'essayer de caler contre le tas un tiroir sans doute ôté à un meuble quelconque.

" Ma parole, s'écria Annie en voyant le travail, vous avez totalement pillé mon commissariat pour votre barricade ! Est-elle efficace au moins ?

- En fait, expliqua Maximilien, ce tas d'objets, c'est juste pour maintenir le truc, là, bien collé contre la porte. C'est lui qui bouche vraiment le trou. "

Annie regard attentivement la barricade et s'aperçut qu'en effet, entre le tas multicolore qui avait tout d'une sculpture moderne, et les pauvres restes de la porte, on avait installé une vieille plaque de métal, qu'elle reconnut pour être l'ancienne porte de la maison de l'agent 33, qu'il avait entreposée dans le grenier du commissariat, ne disposant pas de ce genre de pièce chez lui. Cette porte se trouvait être une porte blindée, et Annie ne put que féliciter les deux constructeurs de barricades pour leur esprit d'initiative.

" Oui, dit-elle, au moins, avec cela les deux criminels dehors ne risquent plus de démolir mes murs et mes commodes. Ils sont toujours devant la porte, je suppose ?

- Vous n'avez qu'à attendre une ou deux minutes, mademoiselle la commissaire, dit Julien, vous entendrez sûrement un tir de mitraillette contre nos défenses. Ils n'ont pas l'air décidés à s'en aller.

- Vraiment ? fit Annie. je me demande ce qu'elle veut, en fait, cette femme... parce que c'est elle le chef, c'est évident ! Ce gros Bébert n'est qu'un acolyte quelconque. Et elle a l'air d'y tenir, à cette statuette !

- Et vu les méthodes qu'elle emploie, ajouta Estaline, ce n'est certainement pas pour en faire un bon usage ! "

Annie retourna dans son bureau, suivie par toute sa troupe, écarta avec peine la lourde table qui obstruait la fenêtre, et risqua un coup d'oeil. Bébert n'avait pas lâché son fusil, et l'inconnue se tenait toujours debout derrière lui. Lorsqu'elle aperçut Annie qui observait par la fenêtre, elle lui cria :

" Alors, vous êtes décidée à me remettre cette statue ?

- Mais puisqu'on se tue à vous dire qu'on ne peut pas la sortir du coffre, à cause de vous ! cria Annie. C'est la vérité ! Et puis de toute façon, vos méthodes sont inacceptables. Dans ce commissariat, nous sommes tous d'honnêtes gens... euh, enfin presque tous, et nous ne céderions pas à votre chantage criminel même si nous le pouvions ! D'abord, qu'est-ce que vous lui voulez, à cette statuette ?

- Elle m'appartient, un point c'est tout, répondit l'inconnue. Et nous ne vous laisserons pas quitter ce commissariat tant que je ne l'aurai pas récupérée.

- Bon courage, dans ce cas !" dit Annie, et d'une allure très digne, elle replaça devant la fenêtre le solide meuble qui la barricadait. Puis elle revint vers les trois autres.

" Tiens, dit Maximilien, vous ne vous êtes pas fait tirer dessus cette fois ? Ils font des progrès, dehors...

- Ce n'est pas parce que nous sommes momentanément condamnés à partager le même sort que vous êtes obligé de vous moquer de moi, répondit Annie qui ne se départait pas de sa dignité. Au fait... ces gens sont, de toute évidence, des criminels et des bandits. Peut-être que vous les connaissez ?

- Je vais vous dire ça tout de suite, dit Maximilien en s'approchant de la fenêtre et en déplaçant encore une fois la table. Il jeta un coup d'oeil aux deux individus, et revint vers Annie.

" Eh bien, dit-il, j'en connais un. Le petit gros, là, Bébert, c'est un collègue. Mais si vous voulez mon avis, beaucoup moins bien élevé que... prenons un exemple tout à fait au hasard... que moi, tenez. Du genre à cambrioler les vieilles dames ou à agresser les gens dans la rue... vous voyez ? En plus, il ne respecte jamais les règles du métier.

- Ah, parce que vous avez des règles dans la profession ? dit Annie incrédule.

- Parfaitement, mademoiselle, répliqua Maximilien. Dans cette profession comme dans toute autre, il existe un code très précis que l'on est tenu de respecter. Tenez, si vous voulez, je peux vous le réciter...

- Plus tard, coupa Estaline. Et l'autre, vous la connaissez ?

- Cela m'étonnerait, dit Annie. Cette femme m'a l'air d'avoir de la classe, elle. Il serait surprenant qu'elle fréquente les mêmes endroits que monsieur Délit.

- Et vous avez raison, avoua Maximilien. Je ne l'ai jamais vue de ma vie.
- C'est bien ce qu'il me semblait, dit Annie. Mais nous avons autre chose à faire. Nous sommes apparemment assiégés, et il faut s'organiser.
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