Hélas ! Ayant trop mal à la tête pour travailler aujourd'hui, je me retrouve déjà à rompre ma promesse d'il y a quelques jours et à recommencer de me torturer la cervelle sur
Carami. J'ai écrit un nouveau nouvel incipit, dont le pire est que je suis assez contente (je garde l'ancien nouveau, en le changeant seulement de place ; il n'y a que l'ancien ancien qui passe définitivement à la trappe) ; et je crois que je viens de débloquer un point qui me causait souci depuis un bon moment.
Carlino, le tyran de Mazya-Caramina, est une âme solitaire ; je ne peux lui imaginer ni amis ni véritables amours, et c'est en solitaire que je le concevais depuis le début. Cependant, je me suis avisée il y a quelque temps qu'un roi se souciant de la pérennité de son royaume, et donc de celle de sa lignée, ne pouvait pas rester célibataire comme le premier pékin venu. Il lui fallait une femme. Mais quelle sorte de femme imaginer à un Carlino ?
Aujourd'hui, je pense être arrivée à un bon accomplissement avec la seigneuresse Catianni Zinna (j'ai récupéré le nom d'un personnage épisodique finalement supprimé).

Quand il s'avisa qu'il lui faudrait, tôt ou tard, procréer un héritier, Carlino chercha longuement parmi les femmes de la noblesse caramène laquelle serait la plus appropriée pour cette tâche. Il porta finalement son choix sur la seigneuresse Catianni, car ce mariage lui permettrait également de s'approprier les chantiers navals de Minninaí et surtout les forêts environnantes, ce qui, dans un pays où le bois est une denrée rare, n'était pas une mince affaire.
On régla donc les fiançailles et Catianni, ravie de l'aubaine, abandonna son fief pour venir s'installer au palais royal, prête à profiter de toutes les opportunités offertes à la Reine pour s'assurer le plus d'influence possible. Cependant, elle fut déçue. Carlino n'avait jamais eu aucune intention de partager son pouvoir, ni même de faire le moindre favoritisme, fût-ce en faveur de sa propre femme. Pour lui, Catianni était là pour lui faire un héritier et c'était tout. Et quand, au bout de cinq ans de mariage (Carlino ayant été élevé parmi les Ondins, qui se reproduisent comme les poissons sans contact physique, il lui avait peut-être fallu plus de temps qu'à la moyenne des hommes pour saisir le concept), naquit un petit prince Flémo*, la seigneuresse Catianni fut gentiment priée de faire ses bagages et de rentrer dans son fief, car on n'avait plus besoin d'elle.
Furieuse, elle s'exécuta, mais son gouvernement sur ses terres prit à partir de ce moment une tournure nouvelle. Quand elle était partie pour Selmina, Catianni avait toutes sortes de projets pour Mazya-Caramina et, faute d'avoir pu les mettre en oeuvre là-bas, elle était décidée à se rattraper avec son fief. Lequel devint donc en peu de temps une terre à part du reste du royaume, et dans ses forêts s'appliquaient des lois étranges et innovantes sous la férule autoritaire de la seigneuresse Catianni, cloîtrée dans son manoir d'où elle ne sortait quasiment plus jamais. Comme la région était relativement isolée, elle y faisait plus ou moins ce qu'elle voulait. C'est à cette époque qu'on vint à parler, ailleurs en Carami, des "gens du Sud" comme d'énergumènes bizarres et tous plus ou moins incompréhensibles.
C'est dans ce cadre que se prépara une carte qui devait être capitale dans le jeu qui devait mener au renversement de Carlino. Quelques années avant d'être demandée en mariage par le Roi, la seigneuresse Catianni avait eu une liaison avec l'intendant de ses jardins, un esclave ; et il en était né une petite métisse, autrement dit, une monstruosité. A peine accouchée, Catianni avait refourgué l'enfant à son père, s'était arrangée financièrement pour qu'elle bénéficie quand même de la meilleure éducation possible et avait étouffé l'affaire. Et la petite fille, nommée Malia, grandit en ignorant qu'elle était la demi-soeur du prince héritier du royaume.
Quand Catianni revint dans son fief après avoir été plus ou moins répudiée et qu'elle commença à faire de sa terre un royaume à l'intérieur du royaume, des opportunités insoupçonnées s'offrirent à la jeune Malia, qui y bénéficia de possibilités qui auraient été impensables ailleurs pour une enfant métisse. Elle eut une enfance et une adolescence riches, fut choyée par son père et ses précepteurs que la seigneuresse Catianni avait couverts libéralement d'or en échange de leur silence, et prit l'habitude de faire et d'avoir tout ce qu'elle voulait.

Adulte, attirée par l'aventure et l'exotisme et décidée à ce que le monde entier la connaisse et l'admire, elle décida de tout plaquer et de monter à Selmina, la capitale. Et, à défaut du monde entier, tout ce qui comptait de personnalités dans la ville la connut et l'admira. Elle était d'une beauté radieuse, son métissage, qui aurait été inacceptable ailleurs, passait très bien pour une "fille du Sud", par définition exotique et différente du commun des Caramènes. Elle se fit appeler Malia l'Océane, elle rendit heureux successivement un certain nombre de notables selminans, et vécut plusieurs année dans la plus parfaite insouciance.
En 80.V, le prince héritier Flémo était mort dans un des premiers grands attentats (bientôt, on ne les compterait plus), alors qu'il officiait à la place de son père. Quand elle l'avait appris, la seigneuresse Catianni avait aussitôt envisagé les considérables possibilités que cela offrait. La loi des héritages voulait que les biens d'une personne morte sans enfants reviennent à ses frères et soeurs. En étirant un peu la loi, cela signifiait que le titre d'héritier de la couronne revenait à présent à Malia...
Mais Malia avait depuis longtemps disparu de la vie de sa mère, et celle-ci, ignorant que sa fille menait la grande vie à Selmina, décida de renoncer. Cependant le plan vint, d'une façon ou d'une autre, aux oreilles des espions du roi qui, inquiets, se mirent sur les traces de la jeune femme et finirent par la retrouver. Et la mettre à l'ombre.
Au moment où elle arrive dans notre histoire, Malia croupit depuis deux ans au terrible bagne des pompes à eau, en butte aux moqueries des autres prisonnières ravies de voir une "mondaine" s'échouer dans leur enfer. Mais un tour de hasard va remettre la carte en jeu...
Quant au roi Carlino, son héritier mort, il reste seul et plus solitaire que jamais. On le presse de reprendre femme ; mais techniquement, cela pose problème car il est toujours marié à Catianni (qui, n'étant plus en âge d'avoir des enfants, ne peut plus servir à grand-chose à part lui mettre des bâtons dans les roues). Il pourrait se débarrasser d'elle plus définitivement. Mais pour une raison ou pour une autre, il s'y refuse et ignore les remarques de ses courtisans sur sa non-immortalité...
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*Flémo, en caramène, signifie "qui va loin" ou "qui ira loin". C'est à la fois un nom de bon augure pour un futur roi et, surtout, un hommage de Carlino à sa propre mère, la reine Flama ("celle qui vient de loin"). Avenir dans la continuité.
Le prince Flémo, peu avant sa mort
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