Samedi 27 mai 2006

- Eh bien, je suppose que je ne devrais pas le dire. Cette statuette fait partie du plus grand secret de la dynastie jhetupûrienne, comprenez-vous ? Mais je vais vous expliquer tout de même quel est ce secret. J'estime que je peux vous faire confiance. Et puis, si j'ai fait venir la commissaire Mallier, c'est en partie pour lui faire mener une enquête, et si je ne lui explique pas les données du problème, elle aura sans doute du mal à le résoudre.

- C'est le moins qu'on puisse dire ! commenta Annie.

- Voyez-vous, continua la princesse, il existe au Jhetupûr une très ancienne tradition, qui remonte à mon ancêtre la princesse Allahva 1ère, celle qui a fondé la capitale du même nom. Allahva avait décidé, voyez-vous, de faire en sorte que sa famille règne toujours sur le Jhetupûr. Elle a donc décrété que chaque prince ou princesse, à la fin de sa première année de règne, devrait apparaître au balcon en portant les insignes princiers, un sceptre et une couronne. Et si cela ne se faisait pas, le prince ou la princesse devrait abdiquer, et que ce serait le possesseur de la couronne et du sceptre qui régnerait à sa place. Ce qui était intelligent, car le secret de la cachette de ces deux objets devait être connu seulement par les descendants d'Allahva, transmis de génération en génération. Bon, je vous l’accorde, ce n’est pas très original... Mais c’est moi qui pâtis du manque d’imagination de mon aïeule, maintenant !

- Je crois comprendre ! s'écria Estaline. Le secret de la cachette du sceptre et de la couronne est caché à l'intérieur de la statuette, n'est-ce pas ?

- Évidemment ! Et il se trouve que la prochaine cérémonie aura lieu dans une semaine, et que je devrai donc bientôt aller chercher dans leur cachette les deux objets. Mais tout porte à croire que je ne suis pas la seule à prétendre me montrer à la cérémonie. Il y a trois mois, j'étais en visite diplomatique à l'ambassade jhetupûrienne de votre pays, et j'emmenais naturellement la statuette, que je porte toujours sur moi. Et on me l'a volée ! Je l'ai fait chercher partout, bien sûr; mais j'ai dû me résigner à rentrer à Allahva sans ma statuette. Vous comprenez que j'aie sauté de joie quand on m'a appris qu'elle avait été retrouvée !

- Hem, hem, fit Annie, qui retrouvait ses réflexes de commissaire de police à la moindre mention de vol ou de délit quelconque. Soupçonnez-vous quelqu'un, Votre Altesse ? ( cette fois, elle ne s'inclina pas ).

- Je dois vous dire que oui, répondit la princesse Amida. Mon cousin, Ipal de Kolej, qui se verrait bien prince. C'est un homme cruel et sans merci, et je sais qu'il a eu vent par hasard du secret de la statuette. Enfin, ce n'est pas lui que je crains le plus, mais sa fiancée, Lydia Bollik ; elle, elle me semble capable du pire.

- Lydia Bollik !? s'exclama Annie. Lydia Bollik est la fiancée de votre cousin ? Alors, il n'y a plus de doute possible : c'est bien lui qui est derrière le vol.

- Vous connaissez donc Lydia ? demanda la princesse.
- Ca oui, on la connaît... commença Estaline.

- ... un peu trop à notre goût, même ! » compléta Julien.

Et pendant qu'il entreprenait d'expliquer à la princesse les événements du jour où le commissariat avait été assiégé par Lydia et Bébert, Annie avait sorti son calepin et prenait des notes à toute vitesse. Ces vacances seraient peut-être moins tranquilles qu'Estaline l'avait imaginé...

Suite

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Vendredi 26 mai 2006

Les voyageurs et les valises suivirent la fillette en file indienne jusqu'à une petite automobile d’allure banale garée devant l'aéroport. Un chauffeur, assis au volant, feuilletait un hebdomadaire jhetupûrien qu’il s’empressa de replier à l’arrivée de ses passagers.

La voiture n’avait rien d’une limousine princière et elle n’avait visiblement jamais été prévue pour transporter en plus de son chauffeur cinq personnes, six valises et un sac de voyage. Les bagages furent tant bien que mal entassés dans le coffre et les passagers sur la banquette arrière ; la fillette prit place à côté du chauffeur. Le véhicule démarra et s’engagea dans les rues d’Allahva, où des gratte-ciel d'un nombre astronomique d'étages côtoyaient de vieilles maisons d'une architecture orientale très élégante. Enfin on atteignit le palais princier, qui était un palais oriental avec tout ce que cela peut impliquer, escaliers, dômes, jardins et tout l’attirail habituel. Un énorme portail, flanqué de deux cerbères aussi immobiles que des échantillons d’art local, s’ouvrit pour laisser entrer la voiture et ses passagers ; lesquels se retrouvèrent dans un intérieur qui valait largement l'extérieur, avec des salles si immenses que le plafond semblait disparaître dans les nuages, dans lesquelles l'or et les marbres étaient aussi abondants que le bois, et où des fontaines d'eau pure et claire faisaient jaillir des gouttelettes argentées par la bouche de sirènes et de dragons sculptés dans la pierre. Estaline aperçut même un arbre chargé de fruits dorés, qui poussait au milieu d'une pièce, dans un grand pot d'argent massif, et qui déployait ses branches élancées dans toute la salle.

Après avoir traversé des salles resplendissantes, des cours intérieures merveilleusement ensoleillées, des couloirs interminables, nos amis parvinrent enfin à une salle qui ressemblait fortement à la conception traditionnelle de la salle du trône, avec tapis rouge et vaste fauteuil précieux au bout. Personne ne douta que c'était là qu'ils allaient être présentés à la princesse Amida.

« Vous permettez ? demanda poliment la fillette en prenant congé du groupe, et en s'éclipsant par une petite porte située près du trône. Si vous voulez vous donner la peine d'attendre quelques instants... »

Elle disparut dans la pièce d'à côté, et les voyageurs restèrent dans la salle du trône, à admirer les tapisseries locales. Alors qu'ils étaient perdus dans la contemplation, la fillette revint. Mais elle s'était changée : elle portait à présent une riche robe de soie, et avait autour du cou un double collier de perles d'une valeur sans doute inestimable, auquel pendait un gigantesque bijou d'or et de cristal doré. Au front de la petite fille était un cercle d'or orné de pierreries étincelantes.

Sans aucune hésitation, la fillette ainsi transformée alla s'asseoir sur le trône et, de là, resta à observer ses invités. Qui, inutile de le dire, ne cachaient pas leur stupéfaction.

« Qui ? Que ? Quoi ? bégayait Annie.

- Oui, vous avez deviné, dit la fillette ( même si Annie n'avait rien deviné du tout ), je suis la princesse Amida en personne. J'ai été obligée de venir vous chercher moi-même à l'aéroport, et incognito, pour être sûre que la statuette ne soit pas détournée. Vous l'avez ?

- Bien sûr, Votre Altesse, répondit Annie en s'inclinant jusqu'à terre. Elle est dans ma valise, si toutefois monsieur Délit ne me l'a pas volée.

- Ah, je vous jure que je n'y ai pas touché ! fit Maximilien. Croix de bois, croix de fer !

- Bon ! C'est ce que nous allons voir. »

Elle ouvrit une de ses valises, écarta quelques vêtements et ustensiles de toilette, et montra à l'assemblée la statuette resplendissante, avant de la tendre cérémonieusement à la princesse en s'inclinant une nouvelle fois. La princesse s’empara de l’objet avec un rire de joie et s'empressa de l'enfermer dans un petit coffre qui se trouvait caché dans un des accoudoirs du trône.

- Encore une fois, merci beaucoup, dit-elle en se rasseyant sur le noble fauteuil.

- De rien, Votre Altesse, répondit Annie en s'inclinant derechef. C'est nous qui vous remercions de nous avoir invités dans votre palais.

- Je vous le devais bien ! rit la princesse. Et si vous voulez me faire plaisir, commissaire Mallier...

- Oui ?

- Arrêtez de vous incliner à chaque fois que vous me parlez. Vous aller finir par vous coller un tour de reins, et j'aimerais bien voir votre visage de temps en temps.

- Oh ? »

Annie se releva aussi sec, comme mue par un ressort. La princesse rit de nouveau.

Estaline, qui réfléchissait depuis un certain temps, leva soudain le doigt.

« Votre Altesse ?
- Qu'y a-t-il ?

- Cela fait un certain temps que je réfléchis, et si vous me permettez, j'aimerais savoir, par simple curiosité, vous comprenez, enfin, juste pour savoir, quoi...

- Dites toujours ?
- Qu'est-ce que c'est que cette statue ?


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Jeudi 25 mai 2006
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