- Eh bien, je suppose que je ne devrais pas le dire. Cette statuette fait partie du plus grand secret de la dynastie jhetupûrienne, comprenez-vous ? Mais je vais vous expliquer tout de même quel est ce secret. J'estime que je peux vous faire confiance. Et puis, si j'ai fait venir la commissaire Mallier, c'est en partie pour lui faire mener une enquête, et si je ne lui explique pas les données du problème, elle aura sans doute du mal à le résoudre.
- Voyez-vous, continua la princesse, il existe au Jhetupûr une très ancienne tradition, qui remonte à mon ancêtre la princesse Allahva 1ère, celle qui a fondé la capitale du même nom. Allahva avait décidé, voyez-vous, de faire en sorte que sa famille règne toujours sur le Jhetupûr. Elle a donc décrété que chaque prince ou princesse, à la fin de sa première année de règne, devrait apparaître au balcon en portant les insignes princiers, un sceptre et une couronne. Et si cela ne se faisait pas, le prince ou la princesse devrait abdiquer, et que ce serait le possesseur de la couronne et du sceptre qui régnerait à sa place. Ce qui était intelligent, car le secret de la cachette de ces deux objets devait être connu seulement par les descendants d'Allahva, transmis de génération en génération. Bon, je vous l’accorde, ce n’est pas très original... Mais c’est moi qui pâtis du manque d’imagination de mon aïeule, maintenant !
- Je crois comprendre ! s'écria Estaline. Le secret de la cachette du sceptre et de la couronne est caché à l'intérieur de la statuette, n'est-ce pas ?
- Évidemment ! Et il se trouve que la prochaine cérémonie aura lieu dans une semaine, et que je devrai donc bientôt aller chercher dans leur cachette les deux objets. Mais tout porte à croire que je ne suis pas la seule à prétendre me montrer à la cérémonie. Il y a trois mois, j'étais en visite diplomatique à l'ambassade jhetupûrienne de votre pays, et j'emmenais naturellement la statuette, que je porte toujours sur moi. Et on me l'a volée ! Je l'ai fait chercher partout, bien sûr; mais j'ai dû me résigner à rentrer à Allahva sans ma statuette. Vous comprenez que j'aie sauté de joie quand on m'a appris qu'elle avait été retrouvée !
- Hem, hem, fit Annie, qui retrouvait ses réflexes de commissaire de police à la moindre mention de vol ou de délit quelconque. Soupçonnez-vous quelqu'un, Votre Altesse ? ( cette fois, elle ne s'inclina pas ).
- Je dois vous dire que oui, répondit la princesse Amida. Mon cousin, Ipal de Kolej, qui se verrait bien prince. C'est un homme cruel et sans merci, et je sais qu'il a eu vent par hasard du secret de la statuette. Enfin, ce n'est pas lui que je crains le plus, mais sa fiancée, Lydia Bollik ; elle, elle me semble capable du pire.
- Lydia Bollik !? s'exclama Annie. Lydia Bollik est la fiancée de votre cousin ? Alors, il n'y a plus de doute possible : c'est bien lui qui est derrière le vol.
- ... un peu trop à notre goût, même ! » compléta Julien.
Et pendant qu'il entreprenait d'expliquer à la princesse les événements du jour où le commissariat avait été assiégé par Lydia et Bébert, Annie avait sorti son calepin et prenait des notes à toute vitesse. Ces vacances seraient peut-être moins tranquilles qu'Estaline l'avait imaginé...












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