Dimanche 16 décembre 2007
L'autre soir, naviguant au hasard du Net par flemme de faire quoi que ce soit de constructif, je suis tombée sur un certain nombre de pages dont le seul but semblait être de descendre en flammes Eragon de Christopher Paolini. Je n'ai ni lu le livre ni vu le film (et je sais maintenant que je n'ai pas perdu grand-chose), mais cela procure une certaine jouissance coupable de se dire qu'on n'est sans doute pas l'auteur du siècle, mais qu'au moins on se débrouille mieux que celui-là. C'est donc dans cet état d'esprit peu charitable que j'ai parcouru ces pages en longueur. 

Et puis, au bout d'un moment, j'ai pensé...  mais suis-je vraiment sûre que j'évite toutes ces erreurs qui semblent évidentes ? Un peu d'introspection s'imposait. Notamment sur le fait que ce que les auteurs de ces pages reprochent à Christopher, c'est de n'avoir aucune idée de la psychologie humaine et des comportements vraisemblables, et ils attribuent cela au fait qu'il a apparemment grandi au beau milieu de nulle part, sans jamais rencontrer personne que ses parents et sa soeur. Et là je m'interroge. Certes, contrairement à lui je n'ai pas été scolarisée à domicile, mais on ne peut pas dire que j'aie beaucoup communiqué avec mes condisciples de mes années d'école, de collège et de lycée. A ce que je me souviens, je pouvais passer des journées sans adresser la parole à personne, et les comportements des autres élèves étaient pour moi largement mystérieux et fantasmés. (J'avais terriblement peur des autres et j'étais persuadée que le simple fait de dire bonjour ou de sourire à quelqu'un pouvait le vexer, alors je me gardais bien de rien faire de la sorte. ) Je n'avais pas non plus de contacts en-dehors de l'école, et quant à ma famille... le moins qu'on puisse dire c'est que mes parents et mon frangin sont du genre réservé. Une conversation sur un autre sujet que la pluie et le beau temps ? Je n'imaginais même pas que ça pouvait exister. 
En conséquence de quoi, j'ai encore aujourd'hui énormément de mal avec des choses qui paraissent peut-être évidentes à la plupart des gens. Puis-je considérer que j'ai des amis ? Qu'est-ce qu'un ami ? A partir de quel coefficient de proximité peut-on considérer avoir affaire à une amitié ? Et l'amour, qu'est-ce que ça peut bien être que cette chose étrange ? Le seul sentiment que je peux penser maîtriser à peu près est unidirectionnel : je sais que j'aime les gens, et certains plus que d'autres, en revanche je n'imagine même pas pouvoir détester quelqu'un, même s'il le mérite (et j'en connais qui le méritent). Les sentiments forts, les vrais, les seuls dignes d'entrée en littérature, me sont parfaitement inconnus. Quant à ce qu'éprouvent les autres personnes, à mon égard ou les uns envers les autres, je passe ma vie à me heurter à ce terrible mystère, et je ne compte pas les heures passées à rêver d'une machine télépathique qui me permettrait de le résoudre. 

Alors, moi qui ne connais même pas un iota à la vie humaine, comment puis-je seulement penser à écrire ?Je sais bien que le principe même de l'écriture repose en grande partie sur l'imagination, mais ne faut-il pas au moins un point de départ ?



Dans un autre domaine, la lecture de toutes ces pages d'eragonologie m'a également amenée à m'interroger sur le concept de Mary Sue. Il s'agit apparemment d'un personnage insupportablement parfait dans lequel l'auteur débutant se projette lui-même idéalement, et qui serait la marque même de la mauvaise histoire. J'ai passé un certain temps à repasser la liste de mes personnages à la recherche de tous ceux qui pourraient être suspect de marysuisme à un certain degré ; à mon grand soulagement, je n'en ai pas trouvé des masses, mais il y a quand même, et là je m'adresse à ceux qui se souviendraient encore un peu des aventures de Chloé, le cas Allimano Alliya.  Il y a incontestablement une certaine dose de fantasme dans ce personnage de magicienne surpuissante, bardée de style, qui ignore les règles, se moque des protocoles, et de façon générale fonce dans le tas avec une nonchalance assez jubilatoire (tout le contraire de moi en résumé). Et comme si ça ne suffisait pas, il a fallu que je lui case une zolie histoire d'amour (et l'on en revient au problème ci-dessus, comment peut-on écrire une histoire d'amour quand on n'a soi-même pas la moindre idée du fonctionnement de la chose ? Et encore celle d'Allimano est assez anecdotique, mais quand on en vient à Chloé et Karel, bonjour les dégâts !)
J'essaie de me rassurer en me disant qu'Allimano n'est pas vraiment parfaite. Elle n'a aucun sens des responsabilités, elle préfère s'amuser et embêter les gens que de prendre les choses au sérieux, et sa désinvolture générale finit par être assez horripilante. Elle a des pouvoirs magiques impressionnants, mais pas la carrure pour les assumer. Une des règles de fonctionnement de la Mary Sue semble être qu'elle est universellement aimée des personnages sympathiques de l'histoire ; Chloé aime bien Allimano, elle admire ses dons de magicienne, mais elle n'irait pas jusqu'à lui faire confiance. De même pour la reine Laurina. Le brave Hannin, Enchanteur relativement talentueux lui-même, n'a pas beaucoup d'estime pour elle. Doréo Lazila l'adore, mais bon, il est aussi dingue qu'elle... Enfin, voilà ce que je me dis pour me rassurer, en attendant d'arriver au stade de ma récriture où je pourrai insister mieux sur les faiblesses du personnage.

Siranévina Mano, le premier rôle féminin de la Grande Saga en Neuf Episodes de mon adolescence, était vraiment insupportablement parfaite, elle ; mais même à seize ans j'étais , je pense, consciente que cela la rendait relativement inintéressante, et j'avais reporté le rôle principal sur son mari Andéo. De façon générale, et cela est évidemment dû à la dominante humoristique dans mes écrits, j'ai toujours adoré les personnages bourrés de défauts ; ils sont beaucoup plus drôles.

Ceci dit, la drôlerie est peut-être une façon d'éviter de gérer les subtilités de la psychologie humaine. Mais si c'est le cas c'est un tort ; l'humour n'est pas une excuse.

Si j'avais encore un vague espoir de pouvoir me remettre à écrire, cet article l'a sérieusement miné...

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Mardi 16 octobre 2007
Cela faisait un certain temps que, lassée de devoir repêcher mes lectures potentielles sous des piles précaires de vieux poches et d'entassements hétéroclites de fantasy, de linguistique et de littérature ancienne, et devant faire appel à des trésors de mémoire à long terme pour me rappeler si tel volume était actuellement en train de prendre la poussière sur la moquette près de mon lit, dans l'armoire de poupée avec les papiers de chocolat et de bonbons raflés en douce pendant mes fringales nocturnes, sandwiché près de la télévision entre deux achats France Loisir de maman,  jouant à cache-cache sur le canapé avec les magazines et les BD dont je me sers comme planche à dessin, annexé odieusement dans la bibliothèque familiale, ou à tout autre endroit encore, déjouant habilement les poursuites entre deux crises de rangement arbitraire opérées par l'autorité parentale... lassée, enfin, de devoir sans cesse inventer de nouvelles stratégies d'empilement pour les nouvelles acquisitions qui venaient périodiquement s'ajouter aux stalagmites présentes, et placée en situation critique par l'arrivée ces derniers mois d'une trentaine de volumes des Annales du Disque-Monde, je rêvais d'une bibliothèque. Cela faisait partie, avec la télé, l'imprimante-scanner et le chat, des choses indispensables que je comptais bien acquérir dès que j'aurais Mon Appartement.

Je n'ai toujours pas Mon Appartement, juste une chambre à la résidence de mon Ecole, et en matière de chat je me contente du spécimen familial, qui ne voit pas l'intérêt de se faire câliner s'il n'y a pas un bol de lait à l'horizon ; mais j'ai mon imprimante, et maintenant, un remaniement de chambre d'amis ayant exilé chez moi une étagère devenue surnuméraire, j'ai Ma Bibliothèque.

Et là, l'évidence saute aux yeux : une fois le tout rassemblé en un seul lieu, c'est fou comme j'ai peu de livres ! Moi qui me croyais quelqu'un de vaguement cultivé, me voilà en état de net complexe quantitatif. Cette bibliothèque est minuscule - et elle contient même quelques livres que je n'ai pas encore lus, honte à moi...

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(Vous remarquerez que dans la meilleure tradition, le bibliothécaire est quelque chose qui peut se rapporter vaguement à un orang-outan. Il s'agit de Gigi, que j'ai recueilli quand mon  frère n'a plus voulu jouer avec, et qui a connu à une époque un début de carrière intéressant comme héros de bande dessinée.)


D'accord, cette photo ne tient pas compte de quelques volumes que j'ai emmenés avec moi dans ma chambre de Lyon, ni des deux casiers qui contiennent ma modeste collection de livres en latin et en grec, et encore moins celui qui est rempli de livres de philosophie achetés à la pelle en khâgne dans une tentative désespérée de me remettre à niveau, et qui n'ont réussi qu'à me décourager définitivement de la matière ; et il y a aussi la petite annexe fantasy qui, de façon remarquable, se confond avec l'annexe anglophone (à part pour les deux petits tomes de Dune tout serrés dans le coin en bas à droite) et qu'on pourrait sans craindre d'exagérer qualifier aussi d'annexe Ffordo-Pratchettienne, et encore, j'en ai prêté une partie à mon frère :
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Mais même en comptant toutes ces annexes, il faut bien admettre que finalement, je ne suis pas la grande lectrice que je croyais être, loin de là. Cela tient sans doute au fait que quand j'aime un livre, je suis capable de le relire dix et quinze fois sans lassitude, et que la plus grande partie des volumes de ma bibliothèque pourraient donc se multiplier par trois ou quatre s'il s'agissait du nombre de lectures effectives. Mais ce n'est pas avec ce genre de pratiques que l'on accroît sa culture.

Maintenant que je suis débarrassée de l'agreg et que je n'écris quasiment plus, il serait temps de me remettre à hanter les librairies ; je pourrais par exemple essayer de combler un peu le trou abyssal de mes connaissances en littérature classique contemporaine.
Non pas que je cherche à tout prix à jouer les intellectuelles en remplissant les étagères à tout va ; mais il est vrai que j'ai toujours été relativement complexée par rapport à mes collègues normaliens, farcis de références obscures et de culture hyperpointue.

Le problème est que, comme dans tous les autres domaines, je souffre d'une incapacité pathologique à prendre des décisions quand il s'agit de choisir mes lectures. Soit j'achète toute la librairie, soit rien du tout ; et pour des raisons évidentes, c'est le plus souvent rien du tout. Sachez que je suis preneuse de toute espèce de conseil en la matière.
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publié dans : Les remue-méninges d'Athanasis communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Jeudi 6 septembre 2007


Argh.


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